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Howl
pour
Carl Solomon
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II
Quel sphinx de ciment d’aluminium leur a défoncé ouvert le crâne dévorant
cervelle et imagination ?
Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Cendre de cendriers dollars
inaccessibles ! Enfants hurlant sous l’escalier ! Garçons sanglotant dans les
casernes ! Vieillards en pleurs dans les parcs !
Moloch ! Moloch ! Cauchemar Moloch ! Moloch le sans amour ! Moloch le
cérébral ! Moloch l’impitoyable juge des hommes !
Moloch l’inexplicable prison ! Cellule des clés d’os sans âme, Congrès des
douleurs ! Moloch dont les buildings sont une sentence ! Moloch l’énorme
pierre de la guerre ! Moloch l’assommeur des gouvernements !
Moloch dont le cerveau est mécanisme pur ! Moloch dont le sang est
circulation d’argent ! Moloch dont les doigts sont dix divisions ! Moloch
dont le thorax est dynamo cannibale ! Moloch dont l’oreille est tombe
fumante !
Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles ! Moloch dont les gratte-
ciels montent au-dessus des rues comme d’interminables Jehovahs !
Moloch dont les usines coassent en rêve dans le brouillard ! Moloch dont
les cheminées les antennes sont la couronne des cités !
Moloch dont l’amour est huile et meule à l’infini ! Moloch dont l’âme est
banque et électricité !
Moloch dont la pauvreté est spectre du génie ! Moloch dont le destin est nuage
d’hydrogène asexué ! Moloch dont le nom est Cerveau !
Moloch sur qui je suis assis solitairement ! Moloch en qui je rêve aux Anges !
Idiot et fou en Moloch ! Suceur de pines en Moloch ! Sans amour ni mec en
Moloch !
Moloch qui m’est entré dans l’âme de très bonne heure ! Moloch en qui je suis
conscience sans corps ! Moloch l’horreur qui m’expulse de mes extases
naturelles ! Moloch que je déserte ! Réveille-toi en Moloch ! La lumière
coule à flots du ciel !
Moloch ! Moloch ! Appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors
squelettes ! capitales mortes ! industries démoniaques ! nations spectrales !
asiles invincibles ! horloges granite ! bombes monstrueuses !
Ils se sont brisé le dos à dresser Moloch vers le Ciel ! Trottoirs arbres radios,
des tonnes ! à dresser la cité vers le Ciel qui existe qui nous entoure de
partout !
Visions ! Présages ! hallucinations ! miracles ! extases ! emportées par le
fleuve Amérique !
Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! une pleine cargaison de merde
sensitive !
Trouées et ouvertures ! au courant ! crucifixions, autant emporte la marée !
Elévations ! Epiphanies ! Désespoirs ! Dix années de cris de suicides
animaux ! Cerveaux ! Amours neuves ! Génération folle ! à la casse sur les
rochers du Temps !
Un authentique rire sacré dans le fleuve ! Ils ont tout vu ! de leurs yeux fous !
dans un hurlement divin ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du haut du toit !
dans la solitude ! agitant la main ! des fleurs dans les bras ! Dans la rivière
ils ont sauté ! dans la rue tout en bas !
Traduit de l’américain par Jacques Darras
in, « Revue Inuits dans la jungle, N° 2, »
Le Castor Astral, In’Hui, Phi Editions, 2009
II
Quel sphinx de ciment et d’aluminium a défoncé leurs crânes et dévoré leurs
cervelles et leur imagination ?
Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Poubelles et dollars impossibles à
obtenir ! Enfants hurlant sous les escaliers ! Garçons sanglotant sous les
drapeaux ! Vieillards pleurant dans les parcs !
Moloch ! Moloch ! Cauchemar de Moloch ! Moloch le sans-amour ! Moloch
mental ! Moloch le lourd juge des hommes !
Moloch en prison incompréhensible ! Moloch les os croisés de la geôle sans
âme et du Congrès des afflictions ! Moloch dont les buildings sont
jugements ! Moloch la vaste roche de guerre ! Molochs les gouvernements
hébétés !
Moloch dont la pensée est mécanique pure ! Moloch dont le sang est de
l’argent qui coule ! Moloch dont les doigts sont dix armées ! Moloch dont
la poitrine est une dynamo cannibale ! Moloch dont l’oreille est une tombe
fumante !
Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles ! Moloch dont les gratte-
ciel se dressent dans les longues rues comme des Jehovahs infinis ! Moloch
dont les usines rêvent et croassent dans la brume ! Moloch dont les
cheminées et les antennes couronnent les villes !
Moloch dont l’amour est pétrole et pierre sans fin ! Moloch dont l’âme est
électricité et banques ! Moloch dont la pauvreté est le spectre du génie !
Moloch dont le sort est un nuage d’hydrogène asexué ! Moloch dont le nom
est Pensée !
Moloch en qui je m’asseois et me sens seul ! Moloch où je rêve d Anges ! Fou
dans Moloch ! Suceur de bite en Moloch ! Sans amour et sans homme dans
Moloch !
Moloch qui me pénétra tôt ! Moloch en qui je suis une conscience sans corps !
Moloch qui me fit fuir de peur hors de mon extase naturelle ! Moloch que
j’abandonne ! Réveil dans Moloch ! lumière coulant du ciel !
Moloch ! Moloch ! Appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors
squelettiques ! capitales aveugles ! industries démoniaques ! nations
spectres ! asiles invincibles ! queues de granit ! bombes monstres !
Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel ! Pavés, arbres radios,
tonnes ! soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout !
Visions ! augures ! hallucinations ! miracles ! extases ! disparus dans le cours
du fleuve américain !
Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! tout le tremblement de conneries
sensibles !
Percées ! par-dessus le fleuve ! démences et crucifixions ! disparus dans la
crue ! Envolées ! Epiphanies ! Détresses ! Décades de cris animaux et de
suicides ! Mentalités ! Amours neuves ! Génération folle ! en bas sur les
rochers du Temps !
Vrai rire sacré dans le fleuve ! Ils ont tout vu tout cela ! les yeux fous ! les
hurlements sacrés ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du toit ! vers la solitude !
gesticulant ! portant des fleurs ! En bas vers le fleuve ! dans la rue !
Traduit de l’anglais par Robert Cordier et Jean-Jacques Lebel
In, Allen Ginsberg : « Howl and other poems»
Christian Bourgois éditeur, 2005
Du même auteur :
Kaddish I (25/10/2016)
Howl I (1) (25/10/2017)
Tournesol soutra / Sunflower sutra (25/10/2018)
Transcription de musique d’orgue / Transcription of organ music (25/10/2019)
Song (25/10/2020)
L’automobile verte / The green automobile (25/10/2021)
Ode à l’échec / Ode to failure (25/10/2022)
Kaddish II (1) (25/10/2023)
Kaddish II (2) (25/10/2024)
Howl I (2) (25/10/25)
Howl
for
Carl Solomon
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II
What sphinx of cement and aluminum bashed open their skulls and ate up their
brains and imagination?
Moloch! Solitude! Filth! Ugliness! Ashcans and unobtainable dollars! Children
screaming under the stairways! Boys sobbing in armies! Old men weeping
in the parks!
Moloch! Moloch! Nightmare of Moloch! Moloch the loveless! Mental Moloch!
Moloch the heavy judger of men!
Moloch the incomprehensible prison! Moloch the crossbone soulless jailhouse
and Congress of sorrows! Moloch whose buildings are judgment! Moloch
the vast stone of war! Moloch the stunned governments!
Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose blood is running
money! Moloch whose fingers are ten armies! Moloch whose breast is a
cannibal dynamo! Moloch whose ear is a smoking tomb!
Moloch whose eyes are a thousand blind windows! Moloch whose skyscrapers
stand in the long streets like endless Jehovahs! Moloch whose factories
dream and croak in the fog! Moloch whose smoke-stacks and antennae
crown the cities!
Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity
and banks! Moloch whose poverty is the specter of genius! Moloch whose
fate is a cloud of sexless hydrogen! Moloch whose name is the Mind!
Moloch in whom I sit lonely! Moloch in whom I dream Angels! Crazy in
Moloch! Cocksucker in Moloch! Lacklove and manless in Moloch!
Moloch who entered my soul early! Moloch in whom I am a consciousness
without a body! Moloch who frightened me out of my natural ecstasy!
Moloch whom I abandon! Wake up in Moloch! Light streaming out of the
sky!
Moloch! Moloch! Robot apartments! invisible suburbs! skeleton treasuries!
blind capitals! demonic industries! spectral nations! invincible madhouses!
granite cocks! monstrous bombs!
They broke their backs lifting Moloch to Heaven! Pavements, trees, radios,
tons! lifting the city to Heaven which exists and is everywhere about us!
Visions! omens! hallucinations! miracles! ecstasies! gone down the American
river!
Dreams! adorations! illuminations! religions! the whole boatload of sensitive
bullshit!
Breakthroughs! over the river! flips and crucifixions! gone down the flood!
Highs! Epiphanies! Despairs! Ten years’ animal screams and suicides!
Minds! New loves! Mad generation! down on the rocks of Time!
Real holy laughter in the river! They saw it all! the wild eyes! the holy yells!
They bade farewell! They jumped off the roof! to solitude! waving! carrying
flowers! Down to the river! into the street!
Howl and other poems
CityLights Bookshop, Sann Francisco ;1956
Poème précédent en anglais :
Richard Brautigan : La nécessité d’être sous ses propres traits / The Necessity of Appearing in
your Own Face (27/09/2026