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Le bar à poèmes

3 novembre 2026

Debora Vogel (1900 – 1942) : Rectangles (1)

 

Tableau d' Henryk Streng (1927)

 

 

Rectangles

 

 

 

 

FIGURE DU JOUR

 

 

 

Un rectangle gris.

 

Un deuxième. Un troisième.

 

Sept fois s’ouvre le rectangle de tôle.

 

 

 

Soleil jaune. Soleil rouge.

 

D’un côté, de l’autre côté :

 

un rectangle de jour s’est fermé.

 

 

 

De gris oiseaux de tôle voguent.

 

Des rondins de pâte molle à deux bras et deux jambes

 

roulent dans la grise argile de lumière.

 

Quatre fois par jour.

 

Soliel jaune d’un côté du rectangle, de l’autre côté.

 

 

 

Un premier mois de fleurs de tôle raide,

 

le deuxième, le troisième mois

 

de fleurs de tôle souple, bras et robes.

 

 

 

Combien de fois déjà s’est ouvert

 

combien de fois s’est fermé

 

le rectangle de tôle

 

avec le jaune cercle de soleil des deux côtés.

 

 

 

 

COUPE TRANSVERSALE

 

 

 

Tant de jours déjà sont passés dans la sphère de verre.

 

Tant de soleils, des deux côtés.

 

Tant de crépuscules, deux fois par jour             .

 

 

 

Le jour est une masse rectangulaire.

 

Sept fois le bloc avec deux soleils

 

s’appelle une semaine.

 

 

 

Sept fois : une lumière jaune. Une lumière bleue.

 

Sept fois : un soleil jaune. Un soleil blanc.

 

On compte les jours inutilisés.

 

 

 

Et l’on compte à nouveau :

 

une deuxième semaine, une troisième, une quatrième.

 

Un bloc de trente soleils : un mois.

 

 

 

Trois mois de ciels bleus et de pousses pleines de sève,

 

trois mois de jaunes fleurs de métal, d‘oiseaux, de robes,

 

et trois au cours desquels tout est égal

 

et trois aux jours de papier plat comme le blanc.

 

 

 

Et rien ne vient.

 

combien de fois se sont déjà levées de pousses de sève

 

combien de fois sont venus des jours de papier de couleur blanche.

 

 

 

 

NATURE MORTE AVEC FROID

 

 

 

Une demie-année

 

s’étendent les jours dans une verte lumière crépusculaire

 

comme sur les tableaux flamands à la verte froideur.

 

 

 

Une demie-année

 

s’étirent les nuits douze heures durant.

 

Longues comme des jours sans corps.

 

 

 

Le jour est une longueur couleur de verre

 

divisée en deux moitiés

 

par un plat cercle rouge.

 

 

 

Entre quatre murs gris du rectangle du monde

 

se dressent vers le haut des planches de chair,

 

reposent à plat comme planches des bûches de bois à deux pieds.

 

Douze et douze heures durant.

 

 

 

Rien de plus n’arrive 

 

dans ce rectangle de verre 

 

à étoile jaune, à étoile blanche. 

 

 

 

Les visages deviennent de plates vitres,    

 

carrées de verre incolore comme les jours. 

 

 

 

Et de ternes carrés de bois de couleur jaune délavé : 

 

plats bouts de planches, comme nuits de bois jaunes. 

 

 

 

 

   CARRES BLANCS                

 

 

 

Semaines de couleur blanche.

 

Trois mois de blancs carrés de jour.

 

Chaque année viennent ces trois mois

 

avec sept jours comptés par semaine.

 

 

 

Chaque jour est grise l’étoffe de neige, du gris du ciel.

 

Les soleils sont rouges : rouges lunes.

 

Chaque jour est un carré bordé du bleu d’une nuit.

 

 

 

Sept fois par semaine

 

est loin le jour, le soleil rouge, tous les corps.

 

Les rues sont sans longueur.

 

Dans la première rue il y a une maison blanche,

 

dans la deuxième rue, il y a une, deux, trois

 

maisons blanches, maisons grises :

 

corps lourds et légers. Corps froids.

 

 

 

Sept fois vient le carré de jour.

 

A nouveau on demande,

 

une septième fois on demande :

 

à quoi bon lever les pieds, lever les mains.

 

 

 

 

NATURE MORTE DE VERRE

 

 

 

Entre deux coques de monde ventrues, blanc gris,

 

de l’espace fruit de verre

 

est suspendu tordu le blanc noyau de papier

 

d’un raide soleil angulaire.

 

 

 

Chaque jour le blanc noyau repose dans la chair de verre,

 

tournent corps avec visages comme de froides vitres plates,

 

et des oiseaux de verre viennent et vont comme des grains de jour égaux.

 

Premier crépuscule, deuxième crépuscule.

 

 

 

Jusqu’à ce que tombe hors des corps-vases de verre,

 

le plat rectangle incolore d’un son :

 

tel un long soupir de tesson de verre.

 

 

 

Maintenant toutes les rencontres sont monotones ;

 

comme une boule de verre incolore

 

comme une vitre plate de verre délavé.

 

 

 

Comme le long soupir du verre frais.

 

 

 

 

NATURE MORTE AVEC MOUETTES

 

De l’odorant bleu de mer qui va et vient

 

d’innombrables fois

 

entre deux soleils –

 

 

 

arrive un gris sphérique sur les sept jours.

 

Sept jours : sept perles grises ;

 

Tombent une à une : première perle et la septième.

 

 

 

De grises coquilles en papier de mouettes

 

vont. Viennent. Pour la dixième fois.

 

La vingtième fois.

 

 

 

Lorsque vient le premier crépuscule

 

jusqu’au deuxième crépuscule.

 

 

 

Avec un cri sphérique

 

et gris uni comme un jour-perle.

 

 

 

Comment chaque jour peut tourner l’étoile jaune

 

comme peuvent aller et venir vagues de plomb et coquilles de mouettes

 

et les hommes lever les pieds,

 

quand tous les jours sont une seule perle

 

qui émerge sept fois par semaine.

 

 

 

 

PLAT DECOR DE MIDI

 

 

 

Gris rectangle de papier.

 

Rectangles colorés.

 

Maisons grises. Maisons colorées.

 

 

 

Devant les carrés de papier se dressent des cercles rayonnés de rouge.

 

Angulaires et raides comme du papier, comme des gens affairés :

 

de rouges dahlias.

 

 

 

Et des cercles jaunes : petits soleils de tôle

 

à grasse odeur d’huile persistante.

 

Se tiennent perdus, comme des hommes au milieu du jour.

 

 

 

Maisons dahlias tournesols

 

tournent dans la première rue, dans la deuxième rue :

 

depuis cinq heures du matin. Depuis une semaine. Depuis dix et vingt ans.

 

 

 

A présent de légères poupées aux yeux de verre

 

collent dans les cadres de fenêtres laqués de vert et blanc

 

des visages blancs et jaunes :

 

triangles de carton blanc, jaune.

 

 

 

Les gouttes de verre d’yeux en ellipse aux fenêtres vertes

 

suivent le long des rues angulaires de tôle ;

 

La boule de métal de la chaleur collante enclôt de raides rues.

 

 

 

Dans la lumière jaune résonne le verre.

 

Deux heures durant.

 

Alors tous les jours sont perdus.

 

........................................................

 

 

 

 

Traduit du Yiddish par Batia Baum

 


In, : Debora Vogel : « Figures du jour & Mannequins »

 


Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023   

 


De la même autrice : 

 


Chansons à boire (03/11/2023)

 


Figures (03/11/2024)

 

 

Motif d’Automne / Brouillard d’Automne (03/11/2025)

 

2 novembre 2026

Pablo Neruda (1904 – 1973) : Au printemps, avec Quévedo / Con Quevedo, en primavera

 

 

 

 

Au printemps, avec Quevedo

 

 

 

Tout à fleuri

 

dans ces campagnes, les pommiers,

 

les bleus titubants, les broussailles jaunes,

 

et les coquelicots vivent dans l’herbe verte.

 

Le ciel qui ne s’éteint, l’air neuf

 

de chaque jour, le muet scintillement,

 

offrande d’un spacieux printemps.

 

 

 

Mon enclos seul est sans printemps.

 

Les maladies, les baisers fous

 

se sont collés comme le lierre sur l’église

 

aux croisées noires de ma vie

 

et l’amour seul ne suffit pas, ni le sauvage

 

et spacieux parfum du printemps.

 

 

 

Et que représentent pour toi en cet instant

 

la lumière effrénée, l’essor floral

 

de l’évidence, le chant vert

 

des feuilles vertes, la présence

 

di ciel avec sa coupe de fraîcheur ?

 

Ne me tourmente pas, ô printemps extérieur,

 

en dénouant dans mes bras le vin, la neige,

 

la corolle et le bouquet brisé de chagrins,

 

donne-moi pour lors le sommeil des feuilles

 

nocturnes, cette nuit où l’on rencontre

 

les morts, les métaux, les racines

 

et tant de printemps disparus

 

qui se réveillent dans chaque printemps.

 

 

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

 

In, Pablo Neruda : La rose détachée et autres poèmes

 

Edition Gallimard 1979

 

Du même auteur : 


Dernières volontés / Disposiciones (02/11/2014)


Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée / Veinte poemas de amor y una canción desesperada  (02/11/2015)


Testament d’Automne (02/11/2016)


Hauteurs de Macchu-Picchu / Alturas de Macchu-Picchu (02/11/2017)


« Que ne t’atteigne pas l’air... » / « No te toque la noche... » (02/11/2018)


Le paresseux / El perozoso (02/11/2019)


La Ma Nounou / La Mamadre (02/11/2020)


Sévérité / Severidad (02/11/2021)


« La grande pluie du Sud tombe sur Isla Negra... » / « La gran lluvia del sur cae sobre Isla Negra... » (02/11/2022)


« Oui, j’aime ce morceau de terre que tu es... » / « Amo el trozo de tierra que tú eres ... (02/11/2023)


Pays / País (02/11/2024)

 

La demeure suivante / La morada siguiente (02/11/2025)

 

 

 

Con Quevedo, en primavera

 

 


Todo ha florecido en


estos campos, manzanos,


azules titubeantes, malezas amarillas,


y entre la hierba verde viven las amapolas.


El cielo inextinguible, el aire nuevo


de cada día, el tácito fulgor,


regalo de una extensa primavera.


Sólo no hay primavera en mi recinto.


Enfermedades, besos desquiciados,


como yedras de iglesia se pegaron


a las ventanas negras de mi vida


y el sólo amor no basta, ni el salvaje


y extenso aroma de la primavera.

 



Y para ti qué son en este ahora


la luz desenfrenada, el desarrollo


floral de la evidencia, el canto verde


de las verdes hojas, la presencia


del cielo con su copa de frescura?


Primavera exterior, no me atormentes,


desatando en mis brazos vino y nieve,


corola y ramo roto de pesares,


dame por hoy el sueño de las hojas


nocturnas, la noche en que se encuentran


los muertos, los metales, las raíces,


y tantas primaveras extinguidas


que despiertan en cada primavera.

 

 

 

 

La rosa separada

 

Librería Losada, Buenos Aires,1973

 

Poème précédent en espagnol :

 

José Herrera Petere : « O poètes sans terre... » / « ! Oh poetas sin tierra... » (15/06/2026)

1 novembre 2026

Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz (1877 –1939) : Karomama

 

 

 

Karomama *

 

 

 

Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps,


Enfant dolente aux jambes trop longues, aux mains si faibles


Karomama, fille de Thèbes,


Qui buvais du blé rouge et mangeais du blé blanc


Comme les justes, dans le soir des tamaris.


Petite reine Karomama du temps jadis.

 



Mes pensées sont à toi, reine Karomama


Dont le nom oublié chante comme un chœur de plaintes


Dans le demi-rire et le demi-sanglot de ma voix ;


Car il est ridicule et triste d’aimer la reine Karomama


Qui vécut environnée d’étranges figures peintes


Dans un palais ouvert, tellement autrefois,


Petite reine Karomama.

 



Que faisais-tu de tes matins perdus, Dame Karomama ?


Vers la raideur de quelque dieu chétif à tête d’animal


Tu allongeais gravement tes bras maigres et maladroits


Tandis que des feux doux couraient sur le fleuve matinal.


Ô Karomama aux yeux las, aux longs pieds alignés,


Aux cheveux torturés, morte du berceau des années…


Ma pauvre, pauvre reine Karomama

 


Et de tes journées, qu’en faisais-tu, prêtresse savante ?


Tu taquinais sans doute tes petites servantes


Dociles comme les couleuvres, mais comme elles indolentes ;


Tu comptais les bijoux, tu rêvais de fils de rois


Sinistres et parfumés, arrivant de très loin.


De par-delà les mers couleur de toujours et de loin


Pour dire : « Salut à la glorieuse Karomama. »

 



Et les soirs d’éternel été tu chantais sous les sycomores


Sacrés, Karomama, fleur bleue des lunes consumées ;


Tu chantais la vieille histoire des pauvres morts


Qui se nourrissaient en cachette de choses prohibées


Et tu sentais monter dans les grands soupirs tes seins bas


D’enfant noire et ton âme chancelait d’effroi.


Les soirs d’éternel été, n’est-ce pas, Karomama ?

 



— Un jour (a-t-elle vraiment existé, Karomama ?),


On entoura ton corps de jaunes bandelettes,


On l’enferma dans un cercueil grotesque et doux en bois de cèdre.


La saison du silence effeuilla la fleur de ta voix.


Les scribes confièrent ton nom aux papyrus


Et c’est si triste et c’est si vieux et c’est si perdu…


C’est comme l’infini des eaux dans la nuit et dans le froid.

 



Tu sais sans doute, ô légendaire Karomama !


Que mon âme est vieille comme le chant de la mer


Et solitaire comme un sphinx dans le désert,


Mon âme malade de jamais et d’autrefois.


Et tu sais mieux encor, princesse initiée,

 

 

Que la destinée a gravé un signe étrange dans mon cœur,


Symbole de joie idéale et de réel malheur.

 



Oui tu sais tout cela, lointaine Karomama,


Malgré tes airs d’enfant que sut éterniser


L’auteur de ta statue polie par les baisers


Des siècles étrangers qui languirent loin de toi.


Je te sens près de moi, j’entends ton long sourire


Chuchoter dans la nuit : « Frère, il ne faut pas rire, »


— Mes pensées sont à toi, reine Karomama.

 

 

(Chants du crépuscule)

 

 

* Divine adoratrice d’Amon à Thèbes (XIIéme dynastie)

 

 

 

Les Sept solitudes,1906

 

in « Poésie 1 »,

 

Editions André Silvaire,1960

 

Du même auteur :

 

Et surtout que (06/04/2015) 

 

Symphonie de Septembre (06/04/2016)

 

« Tous les morts sont ivres… » (06/04/2017)

31 octobre 2026

Stratis Pascalis / Στρατής Πασχάλης (1958 -) : Mages

 

 

 

Mages

 

 

 

Bientôt viendrait le jour – nuit de Noël, 

 

tous dormaient comme des souches dans la maison muette

 

moi seul sur mon matelas cherchait le repos.

 

Et quand les chiens aboyèrent dans les cours – questions réponses affreuses –

 

épuisé je me levai, me traînai jusqu’au salon

 

m’assis dans la pénombre.

 

 

 

Au milieu la table rouge foncé

 

derrière, les feuilles de l’Arbre semblaient d’argent

 

un bleu glacé luisait aux rideaux.

 

Distrait je regardais et c’est alors

 

que peu à peu des pensées

 

sont venues

 

bizarres en noires

 

pensées d’un homme qui sait que les autres dorment

 

et que lui seul n’a pu trouver sa mort.

 

 

 

Alors ma pensée voit un mirage :

 

dans la pièce est entré quelque chose comme un vieux,

 

moine ou mendiant, qui semblait venir

 

du désert de la neige, sa barbe et ses cheveux

 

brouillard lunaire, et ce loqueteux

 

portait le linceul comme une bure

 

et un ciel tremblait dans sa main.

 

 

 

Il a dit : « Hier au soir le soleil a touché

 

les lèvres de l’abîme

 

et les hommes s’enroulent dans les plis du sommeil

 

j’apporte la myrrhe et l’or, mais aussi

 

je fauche les âmes. »

 

 

 

Dehors la nuit rayonnait, je me suis levé, suis sorti

 

dans la froide solitude espérant le voir s’en aller

 

sur une bête fatiguée ou avec des ailes d’ange.

 

Et j’ai vu là-haut disparaître (ou naître)

 

une étoile tombée voilà des milliers d’années

 

dont mes yeux recevaient la lumière enfin.

 

 

 

 

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

 

in, « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »

 

Editions Gallimard (Poésie), 2000

 

Du même auteur :

 

Préhistoire (10/07/2014)

 

« Hauts paysages de l’ascension… »  (10/09/2015)

 

Première pluie 10/09/2016)

 

Cartographie de la lumière (10/09/2017)

 

L’ogre / Ο δράκος (10/09/2018)

 

Le chèvrefeuille (10/09/2019)

 

Tressaillement (10/09/2020)

 

Rustre (10/09/2021)

 

 Il prend figure si vite, le vide... » (10/09/2022)

30 octobre 2026

Sophia de Mello Breyner Andresen (1919- 2004) : Mer / Mar

 

 

 

 

Mer

 

1

 

Parmi toutes les fleurs du monde

 

J’aime de l’amour le plus fort et le plus profond

 

Cette plage extasiée et nue,

 

Où je me fonds à la mer, au vent et à la lune.

 

2

 

 

Je sens la terre les arbres et le vent

 

Que le printemps gonfle de parfums

 

Mais en eux je ne désire je ne recherche

 

Que l’exhalaison sauvage de la houle

 

Montant vers les astres comme un cri pur.

 

 

 

 

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

 

tn, Anthologie de la poésie portugaise contemporaine, 1935 - 2000 »

 

Editions Gallimard (Poésie), 2003

 


De la même autrice :


A Hydra évoquant Fernando Pessoa / Em Hydra, evocando Fernando Pessoa (30/10/2022)


Ithaque / Ítaca (30/10/2023)


Le Minotaure / O Minotauro (30/10/2024)

 

Les îles / As ihlas (30/10/2025)

 

 

Mar

 

 

1

 

 

De todos os cantos do mundo

 


Amo com um amor mais forte e mais profundo

 


Aquela praia extasiada e nua,

 

 


Onde me uni ao mar, ao vento e à lua.

 

 

 

 

2

 

Cheiro a terra as árvores e o vento

 


Que a Primavera enche de perfumes.

 


Mas neles só quero e só procuro

 

A selvagem exalação das ondas

 


Subindo para os astros como um grito puro.

 

 

 

 

 

Poesia

 

Obra Poética I, Editorial Caminho 5lisboa), 1990

Poème précédent en portugais :

 

Egito Gonçalves  : Octobre /Outubro (28/10/2026)

29 octobre 2026

Takahama Kyoshi (1874 -1959) : « Ils me transpercent... »

 

 

 

 

 

Ils me transpercent encore –

 

les yeux que le serpent

 

a laissés dans l’herbe !

 

 

 

 

 

Traduit du japonais par Corinne Atlan et Zéno Bianu

 

in, « Haiku. Anthologie du poème court japonais »

 

Editions Gallimard (Poésie), 2002

 

Du même auteur :

 

« Premier printemps... » (29/10/2024)

 

« Seul... » (29/10/2025)

28 octobre 2026

Egito Gonçalves (1920- 2001) : Octobre /Outubro

 

 

 

 

Octobre

 

 

 

Les morts attendent Novembre et ses frimas

 

tandis que les pétales des chrysanthèmes peu à peu se dessinent

 

en ce temps de la mi-octobre héréditairement funèbre.

 

Les morts attendent ! Les cardiaques, les fusillés,

 

les arrogants, les tuberculeux, les suicidés

 

attendent leurs fleurs, c’est leur prétexte

 

pour s’imposer dans le cœur des vivants,

 

manier la nostalgie comme un fouet,

 

lacérant les chairs des genoux qu’ils aimèrent.

 

Ils choisissent ce moment pour nous dicter la contemplation de menus objets

 

ensevelis au fond de tiroirs mal commodes...

 

L’heure où ils se changent en flèches

 

et offrent des portraits très ressemblants

 

pour qu’on les sale de larmes véhémentes.

 

Il est ridicule de leur proposer des promenades sur le fleuve,

 

des constellations en marche, des conférences sur le sexe,

 

des magasines illustrés, des feux d’artifices colorés.

 

Les larmes sont essentielles : Novembre ne l’oublie pas,

 

qui renforce ses assises et ne tardera pas à se dresser.

 

Leurs montres brisées contre le temps

 

les morts attendent, emmaillotés dans les heures qu’ils n’ont pas,

 

tandis que déjà les pétales de chrysanthèmes se racornissent, difformes,

 

comme la douleur que nous irons déposer sur les tombes.

 

 

 


Traduit du portugais par Max de Carvalho


In, « La poésie du Portugal des origines au XXème siècle »


Editions Chandeigne, 2021

 

Du même auteur : Pré-Amérique / Pré-América (28/10/2025)

 

 

 

 

Outubro

 

 

Os mortos estãos esperando frio de Novembro


enquanto as pétalas dos crisântemos se vão definindo


neste meio de Outubro, hereditariamente mortiço.


Os mortos estão esperando! Os cardíacos, os fuzilados,


os arrogantes, os tuberculosos, os suicidas


estão esperando as suas flores, o seu pretexto


para se imporem ao coração dos existentes


e manejarem a saudade como um látego,


rasgando a carne dos joelhos que amaram.


É a hora de nos ditarem a contemplação de pequenos objectos


sepultados no fundo de gavetas incómodas…


É a hora de se transformarem em flechas


e apresentarem os retratos fidelíssimos


para serem salgados de lágrimas veementes.


Ridículo oferecer-lhes passeios sobre o rio,


constelações em marcha, conferências sobre o sexo,


magazines ilustrados, colordos foguetes luminosos.

 

O choro é essencial; Novembro não esquece,


reforça os seus pilares, não tardará a erguer-se.


Com os relógios quebrados contra o tempo


os mortos aguardam embrulhados nas horas que não têm,


enquanto as pétalas dos crisântemos já se torcem, disformes,


como a dor que depositaremos sobre os túmulos.

 

 

 

 

o esperado fim do mundo já partiuuma antologia


Língua morta editora (Lisboa), 2020

 

Poème précédent en portugais :

 

Luis Vaz de Camões : Ces beaux yeux clairs... » / « Aqueles claros olhos... » (21/07/2026)

 

Poème suivant en portugais :

 

Sophia de Mello Breyner Andresen : Mer / Mar (30/10/2026)

 

27 octobre 2026

Jean-Claude Walter (1940 – 2025) : Solitaire la parole

 

Jean-Claude Walter, 84 ans, Photo DR

 

 

 

 

Solitaire la parole

 

 

.

Je n’entends plus les oiseaux.

 

Sans doute sont-ils partis déjà au bord de la mer,

 

pour m’attendre là-bas.

 

 

 

Il ne me reste que le masque lourd du mur, le fond du plancher pourri, l’odeur

 

d’un lit froid dans une chambre d’enfance qui va s’assoupir.

 

Enfance, musée de notre vie.

 

 

 

Les doigts musclés du sommeil pèsent sur nos paupières. Un coeur qui bat, un

 

coeur qui pleure. Et, curieuse confusion du jour qui vient ou du jour qui s’en va,

 

on voit des soleils partout alors que la nuit grandit en nous. Quelques images

 

cependant demeurent, et les visages inconnus des amis perdus, sur le papier, dans

 

un vieux livre.

 

 

 

Puis c’est l’étouffement dans une chambre où gonfle le silence gros comme une

 

larme d’enfant.

 

 

 

 

Le sismographe appliqué

 

Editions Flammarion,1966

26 octobre 2026

Jean-Paul Klée (1943 -) : sur toute la francophonie

 

 

 

 

 

 

sur toute la francophonie

 

 

en pleine nuit j’ouvre la baie vitrée

 

SUR LE NOIR (il me faut de l’air) &

 

mangée l’orange ki sur la table posée,

 

n’attendait rien (ni ne parlait) À la

 

radio un tribunal va condamner

 

L’ÊTAT français pour incurie LE KLÏMA

 

n’avance pas (on va tous kreuwer) AH !!...

 

kel cauchemar (l’esprit bientôt ne

 

supportera plus rien) le radiateur est à

 

zéro ▪ je dors beaucoup mieux sur mon

 

nouveau lit scandinave (l’ancien matelas

 

était une vache pourrie ▪ Ainsi les

 

derniers temps DE MA VIE je me lèverai

 

chak nuit à 4 heures écrivant un

 

poëme en langue pygmée Tiens c’est

 

donc chakeu nuit un trésor ki fai-

 

blement luira & il m’advient      

 

k’à l’heure où j’écris ceci j’entends

 

k’un virement d’au moins 80 mille

 

va sur mon cé.cé.pé surgir &

 

j’achèterai illico DE L’ÊPICERIE,

 

k’un livreur entassera (rumineur)

 

en gros paquets carrés parmi

 

blancheur du nouveau LOGİS ▪ C’est

 

d’ici keu partiront sur toute la

 

francophonie ma postale poësie à

 

longs flots éruptifs & réguliers,

 

voilà▪

 

 

 

 

Revue « Décharge, N°195, Septembre 2022 »


 89000 Auxerre, 2022


Du même auteur :


on sera sauvés (27/10/2022)


papillon épinglé (27/10/2023)


lücioles k’on piègera (26/10/2024)

 

Sera-t-il oublié (26/10/2025)

25 octobre 2026

Lionel Ray (1935 -) : Les framboisiers

 

 

 

 

 

Les framboisiers

 

 

 

 

Nous ne voyageons jamais qu’en nous-mêmes

 

drapés de soleil le cœur battant

 

nageant dans les eaux grises cherchant un équilibre

 

entre nuit et jour entre paroles et silence

 

 

 

Il se pourrait que la lune croasse

 

à la vitrine du ciel

 

et que la mousse envahisse notre peau

 

cette apparence d’écorce

 

 

 

Il se pourrait aussi que le printemps

 

n’en finisse pas de nous promettre un air

 

d’avant l’oubli               ces fleurs heureuses

 

ces nuages qui nous ressemblent

 

 

 

Et nous nous retrouvons sans larmes visage nu :

 

ne t’éloigne pas enfant             reste avec nous

 

parmi les framboisiers et les oiseaux perdus

 

il y a une chanson qui descend et la beauté

 

 

 

qui tremble             

 

                                      dans l’éclat des ruines

 

            il n’y a que mon âme toute en brume

 

                             et le soir bascule avec la pluie.

 

 

 

 

Haute Tension. Poésie françaises d’aujourd’hui

 

Anthologie établie par Sylvestre Clancier

 

Le Castor Astral et Maison de Poésie, 2022

 

Du même auteur :


« Terrible est le visage du temps... » (10/10/2018)


 Construire (09/10/2019)


Distances (1-2-4-7) 10/10/2020)


Maintenant (10/10/2021)


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Résolution (26/10/2023)


Si j’existe (26/10/2024)

 

Tu cherches la lettre perdue (26/10/2025)

Le bar à poèmes
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