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Le bar à poèmes

29 octobre 2026

Takahama Kyoshi (1874 -1959) : « Ils me transpercent... »

 

 

 

 

 

Ils me transpercent encore –

 

les yeux que le serpent

 

a laissés dans l’herbe !

 

 

 

 

 

Traduit du japonais par Corinne Atlan et Zéno Bianu

 

in, « Haiku. Anthologie du poème court japonais »

 

Editions Gallimard (Poésie), 2002

 

Du même auteur :

 

« Premier printemps... » (29/10/2024)

 

« Seul... » (29/10/2025)

28 octobre 2026

Egito Gonçalves (1920- 2001) : Octobre /Outubro

 

 

 

 

Octobre

 

 

 

Les morts attendent Novembre et ses frimas

 

tandis que les pétales des chrysanthèmes peu à peu se dessinent

 

en ce temps de la mi-octobre héréditairement funèbre.

 

Les morts attendent ! Les cardiaques, les fusillés,

 

les arrogants, les tuberculeux, les suicidés

 

attendent leurs fleurs, c’est leur prétexte

 

pour s’imposer dans le cœur des vivants,

 

manier la nostalgie comme un fouet,

 

lacérant les chairs des genoux qu’ils aimèrent.

 

Ils choisissent ce moment pour nous dicter la contemplation de menus objets

 

ensevelis au fond de tiroirs mal commodes...

 

L’heure où ils se changent en flèches

 

et offrent des portraits très ressemblants

 

pour qu’on les sale de larmes véhémentes.

 

Il est ridicule de leur proposer des promenades sur le fleuve,

 

des constellations en marche, des conférences sur le sexe,

 

des magasines illustrés, des feux d’artifices colorés.

 

Les larmes sont essentielles : Novembre ne l’oublie pas,

 

qui renforce ses assises et ne tardera pas à se dresser.

 

Leurs montres brisées contre le temps

 

les morts attendent, emmaillotés dans les heures qu’ils n’ont pas,

 

tandis que déjà les pétales de chrysanthèmes se racornissent, difformes,

 

comme la douleur que nous irons déposer sur les tombes.

 

 

 


Traduit du portugais par Max de Carvalho


In, « La poésie du Portugal des origines au XXème siècle »


Editions Chandeigne, 2021

 

Du même auteur : Pré-Amérique / Pré-América (28/10/2025)

 

 

 

 

Outubro

 

 

Os mortos estãos esperando frio de Novembro


enquanto as pétalas dos crisântemos se vão definindo


neste meio de Outubro, hereditariamente mortiço.


Os mortos estão esperando! Os cardíacos, os fuzilados,


os arrogantes, os tuberculosos, os suicidas


estão esperando as suas flores, o seu pretexto


para se imporem ao coração dos existentes


e manejarem a saudade como um látego,


rasgando a carne dos joelhos que amaram.


É a hora de nos ditarem a contemplação de pequenos objectos


sepultados no fundo de gavetas incómodas…


É a hora de se transformarem em flechas


e apresentarem os retratos fidelíssimos


para serem salgados de lágrimas veementes.


Ridículo oferecer-lhes passeios sobre o rio,


constelações em marcha, conferências sobre o sexo,


magazines ilustrados, colordos foguetes luminosos.

 

O choro é essencial; Novembro não esquece,


reforça os seus pilares, não tardará a erguer-se.


Com os relógios quebrados contra o tempo


os mortos aguardam embrulhados nas horas que não têm,


enquanto as pétalas dos crisântemos já se torcem, disformes,


como a dor que depositaremos sobre os túmulos.

 

 

 

 

o esperado fim do mundo já partiuuma antologia


Língua morta editora (Lisboa), 2020

 

Poème précédent en portugais :

 

Luis Vaz de Camões : Ces beaux yeux clairs... » / « Aqueles claros olhos... » (21/07/2026)

27 octobre 2026

Jean-Claude Walter (1940 – 2025) : Solitaire la parole

 

Jean-Claude Walter, 84 ans, Photo DR

 

 

 

 

Solitaire la parole

 

 

.

Je n’entends plus les oiseaux.

 

Sans doute sont-ils partis déjà au bord de la mer,

 

pour m’attendre là-bas.

 

 

 

Il ne me reste que le masque lourd du mur, le fond du plancher pourri, l’odeur

 

d’un lit froid dans une chambre d’enfance qui va s’assoupir.

 

Enfance, musée de notre vie.

 

 

 

Les doigts musclés du sommeil pèsent sur nos paupières. Un coeur qui bat, un

 

coeur qui pleure. Et, curieuse confusion du jour qui vient ou du jour qui s’en va,

 

on voit des soleils partout alors que la nuit grandit en nous. Quelques images

 

cependant demeurent, et les visages inconnus des amis perdus, sur le papier, dans

 

un vieux livre.

 

 

 

Puis c’est l’étouffement dans une chambre où gonfle le silence gros comme une

 

larme d’enfant.

 

 

 

 

Le sismographe appliqué

 

Editions Flammarion,1966

26 octobre 2026

Jean-Paul Klée (1943 -) : sur toute la francophonie

 

 

 

 

 

 

sur toute la francophonie

 

 

en pleine nuit j’ouvre la baie vitrée

 

SUR LE NOIR (il me faut de l’air) &

 

mangée l’orange ki sur la table posée,

 

n’attendait rien (ni ne parlait) À la

 

radio un tribunal va condamner

 

L’ÊTAT français pour incurie LE KLÏMA

 

n’avance pas (on va tous kreuwer) AH !!...

 

kel cauchemar (l’esprit bientôt ne

 

supportera plus rien) le radiateur est à

 

zéro ▪ je dors beaucoup mieux sur mon

 

nouveau lit scandinave (l’ancien matelas

 

était une vache pourrie ▪ Ainsi les

 

derniers temps DE MA VIE je me lèverai

 

chak nuit à 4 heures écrivant un

 

poëme en langue pygmée Tiens c’est

 

donc chakeu nuit un trésor ki fai-

 

blement luira & il m’advient      

 

k’à l’heure où j’écris ceci j’entends

 

k’un virement d’au moins 80 mille

 

va sur mon cé.cé.pé surgir &

 

j’achèterai illico DE L’ÊPICERIE,

 

k’un livreur entassera (rumineur)

 

en gros paquets carrés parmi

 

blancheur du nouveau LOGİS ▪ C’est

 

d’ici keu partiront sur toute la

 

francophonie ma postale poësie à

 

longs flots éruptifs & réguliers,

 

voilà▪

 

 

 

 

Revue « Décharge, N°195, Septembre 2022 »


 89000 Auxerre, 2022


Du même auteur :


on sera sauvés (27/10/2022)


papillon épinglé (27/10/2023)


lücioles k’on piègera (26/10/2024)

 

Sera-t-il oublié (26/10/2025)

25 octobre 2026

Lionel Ray (1935 -) : Les framboisiers

 

 

 

 

 

Les framboisiers

 

 

 

 

Nous ne voyageons jamais qu’en nous-mêmes

 

drapés de soleil le cœur battant

 

nageant dans les eaux grises cherchant un équilibre

 

entre nuit et jour entre paroles et silence

 

 

 

Il se pourrait que la lune croasse

 

à la vitrine du ciel

 

et que la mousse envahisse notre peau

 

cette apparence d’écorce

 

 

 

Il se pourrait aussi que le printemps

 

n’en finisse pas de nous promettre un air

 

d’avant l’oubli               ces fleurs heureuses

 

ces nuages qui nous ressemblent

 

 

 

Et nous nous retrouvons sans larmes visage nu :

 

ne t’éloigne pas enfant             reste avec nous

 

parmi les framboisiers et les oiseaux perdus

 

il y a une chanson qui descend et la beauté

 

 

 

qui tremble             

 

                                      dans l’éclat des ruines

 

            il n’y a que mon âme toute en brume

 

                             et le soir bascule avec la pluie.

 

 

 

 

Haute Tension. Poésie françaises d’aujourd’hui

 

Anthologie établie par Sylvestre Clancier

 

Le Castor Astral et Maison de Poésie, 2022

 

Du même auteur :


« Terrible est le visage du temps... » (10/10/2018)


 Construire (09/10/2019)


Distances (1-2-4-7) 10/10/2020)


Maintenant (10/10/2021)


Cette heure seule (26/10/2022)


Résolution (26/10/2023)


Si j’existe (26/10/2024)

 

Tu cherches la lettre perdue (26/10/2025)

24 octobre 2026

Allen Ginsberg (1926 – 1997) : Howl II

 

 

 

Howl

 


pour

 


Carl Solomon

 

........................................................................................................

 

II

 

 

Quel sphinx de ciment d’aluminium leur a défoncé ouvert le crâne dévorant

 

     cervelle et imagination ?

 

Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Cendre de cendriers dollars

 

     inaccessibles ! Enfants hurlant sous l’escalier ! Garçons sanglotant dans les

 

     casernes ! Vieillards en pleurs dans les parcs !

 

Moloch ! Moloch ! Cauchemar Moloch ! Moloch le sans amour ! Moloch le

 

     cérébral ! Moloch l’impitoyable juge des hommes !

 

Moloch l’inexplicable prison ! Cellule des clés d’os sans âme, Congrès des

 

     douleurs ! Moloch dont les buildings sont une sentence ! Moloch l’énorme

 

     pierre de la guerre ! Moloch l’assommeur des gouvernements !

 

Moloch dont le cerveau est mécanisme pur ! Moloch dont le sang est 

 

     circulation d’argent ! Moloch dont les doigts sont dix divisions ! Moloch

 

     dont le thorax est dynamo cannibale ! Moloch dont l’oreille est tombe

 

     fumante !

 

Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles ! Moloch dont les gratte-

 

     ciels montent au-dessus des rues comme d’interminables Jehovahs !

 

     Moloch dont les usines coassent en rêve dans le brouillard ! Moloch dont

 

     les cheminées les antennes sont la couronne des cités !

 

Moloch dont l’amour est huile et meule à l’infini ! Moloch dont l’âme est

 

     banque et électricité !

 

Moloch dont la pauvreté est spectre du génie ! Moloch dont le destin est nuage

 

     d’hydrogène asexué ! Moloch dont le nom est Cerveau !

 

Moloch sur qui je suis assis solitairement ! Moloch en qui je rêve aux Anges !

 

     Idiot et fou en Moloch ! Suceur de pines en Moloch ! Sans amour ni mec en

 

     Moloch !

 

Moloch qui m’est entré dans l’âme de très bonne heure ! Moloch en qui je suis

 

     conscience sans corps ! Moloch l’horreur qui m’expulse de mes extases

 

     naturelles ! Moloch que je déserte ! Réveille-toi en Moloch ! La lumière

 

     coule à flots du ciel !

 

Moloch ! Moloch ! Appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors

 

     squelettes ! capitales mortes ! industries démoniaques ! nations spectrales !

 

     asiles invincibles ! horloges granite ! bombes monstrueuses !

 

Ils se sont brisé le dos à dresser Moloch vers le Ciel ! Trottoirs arbres radios,

 

     des tonnes ! à dresser la cité vers le Ciel qui existe qui nous entoure de

 

     partout !

 

Visions ! Présages ! hallucinations ! miracles ! extases ! emportées par le

 

     fleuve Amérique !

 

Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! une pleine cargaison de merde

 

     sensitive !

 

Trouées et ouvertures ! au courant ! crucifixions, autant emporte la marée !

 

     Elévations ! Epiphanies ! Désespoirs !  Dix années de cris de suicides

 

     animaux ! Cerveaux ! Amours neuves ! Génération folle ! à la casse sur les

 

     rochers du Temps !

 

Un authentique rire sacré dans le fleuve ! Ils ont tout vu ! de leurs yeux fous !

 

     dans un hurlement divin ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du haut du toit !

 

     dans la solitude ! agitant la main ! des fleurs dans les bras ! Dans la rivière

 

     ils ont sauté ! dans la rue tout en bas !

 

 

 

 

Traduit de l’américain par Jacques Darras

 

 in, « Revue Inuits dans la jungle, N° 2, »  

 

Le Castor Astral, In’Hui, Phi Editions, 2009

 

 

II

 

Quel sphinx de ciment et d’aluminium a défoncé leurs crânes et dévoré leurs

     cervelles et leur imagination ?

Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Poubelles et dollars impossibles à

     obtenir ! Enfants hurlant sous les escaliers ! Garçons sanglotant sous les

     drapeaux ! Vieillards pleurant dans les parcs !

Moloch ! Moloch ! Cauchemar de Moloch ! Moloch le sans-amour ! Moloch

     mental ! Moloch le lourd juge des hommes !

Moloch en prison incompréhensible ! Moloch les os croisés de la geôle sans

     âme et du Congrès des afflictions ! Moloch dont les buildings sont

     jugements ! Moloch la vaste roche de guerre ! Molochs les gouvernements

     hébétés !

Moloch dont la pensée est mécanique pure ! Moloch dont le sang est de

     l’argent qui coule !  Moloch dont les doigts sont dix armées ! Moloch dont

    la poitrine est une dynamo cannibale ! Moloch dont l’oreille est une tombe

     fumante !

Moloch dont les yeux sont mille fenêtres aveugles ! Moloch dont les gratte-

     ciel se dressent dans les longues rues comme des Jehovahs infinis ! Moloch

     dont les usines rêvent et croassent dans la brume ! Moloch dont les

     cheminées et les antennes couronnent les villes !

Moloch dont l’amour est pétrole et pierre sans fin ! Moloch dont l’âme est

     électricité et banques ! Moloch dont la pauvreté est le spectre du génie !

     Moloch dont le sort est un nuage d’hydrogène asexué ! Moloch dont le nom

     est Pensée !

Moloch en qui je m’asseois et me sens seul ! Moloch où je rêve d Anges ! Fou

     dans Moloch ! Suceur de bite en Moloch ! Sans amour et sans homme dans

     Moloch !

Moloch qui me pénétra tôt ! Moloch en qui je suis une conscience sans corps !

     Moloch qui me fit fuir de peur hors de mon extase naturelle ! Moloch que

     j’abandonne ! Réveil dans Moloch ! lumière coulant du ciel !

Moloch ! Moloch ! Appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors

     squelettiques ! capitales aveugles ! industries démoniaques ! nations

     spectres ! asiles invincibles ! queues de granit ! bombes monstres !

Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel ! Pavés, arbres radios,

     tonnes ! soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout !

Visions ! augures ! hallucinations ! miracles ! extases ! disparus dans le cours

     du fleuve américain !

Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! tout le tremblement de conneries

     sensibles !

Percées ! par-dessus le fleuve ! démences et crucifixions ! disparus dans la

     crue ! Envolées ! Epiphanies ! Détresses ! Décades de cris animaux et de

     suicides ! Mentalités ! Amours neuves ! Génération folle ! en bas sur les

     rochers du Temps !

Vrai rire sacré dans le fleuve ! Ils ont tout vu tout cela ! les yeux fous ! les

     hurlements sacrés ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du toit ! vers la solitude !

     gesticulant ! portant des fleurs !  En bas vers le fleuve ! dans la rue !

 

 

Traduit de l’anglais par Robert Cordier et Jean-Jacques Lebel

In, Allen Ginsberg : « Howl and other poems»

Christian Bourgois éditeur, 2005 

 

Du même auteur :


Kaddish I (25/10/2016)


Howl I (1) (25/10/2017)


Tournesol soutra / Sunflower sutra (25/10/2018)


Transcription de musique d’orgue / Transcription of organ music (25/10/2019)


Song (25/10/2020) 


L’automobile verte / The green automobile (25/10/2021)


Ode à l’échec / Ode to failure (25/10/2022)


Kaddish II (1) (25/10/2023)


Kaddish II (2) (25/10/2024)

 

Howl I (2) (25/10/25)

 

 

Howl


for


Carl Solomon

 

 

........................................................................................................ 

 

 

II

 

What sphinx of cement and aluminum bashed open their skulls and ate up their    

 

     brains and imagination?               

 

Moloch! Solitude! Filth! Ugliness! Ashcans and unobtainable dollars! Children

 

     screaming under the stairways! Boys sobbing in armies! Old men weeping

 

     in the parks!

 

 

 

Moloch! Moloch! Nightmare of Moloch! Moloch the loveless! Mental Moloch!

 

     Moloch the heavy judger of men!

 

 

 


Moloch the incomprehensible prison! Moloch the crossbone soulless jailhouse

 

     and Congress of sorrows! Moloch whose buildings are judgment! Moloch

 

     the vast stone of war! Moloch the stunned governments!

 

 


Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose blood is running

 

     money! Moloch whose fingers are ten armies! Moloch whose breast is a

 

     cannibal dynamo! Moloch whose ear is a smoking tomb!

 

 


Moloch whose eyes are a thousand blind windows! Moloch whose skyscrapers

 

     stand in the long streets like endless Jehovahs! Moloch whose factories

 

     dream and croak in the fog! Moloch whose smoke-stacks and antennae

 

     crown the cities!

 

 


Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity

 

     and banks! Moloch whose poverty is the specter of genius! Moloch whose

 

     fate is a cloud of sexless hydrogen! Moloch whose name is the Mind!

 

 

 


Moloch in whom I sit lonely! Moloch in whom I dream Angels! Crazy in

 

     Moloch! Cocksucker in Moloch! Lacklove and manless in Moloch!

 

 


Moloch who entered my soul early! Moloch in whom I am a consciousness

 

     without a body! Moloch who frightened me out of my natural ecstasy!

 

     Moloch whom I abandon! Wake up in Moloch! Light streaming out of the

 

     sky!

 

 


Moloch! Moloch! Robot apartments! invisible suburbs! skeleton treasuries!

 

     blind capitals! demonic industries! spectral nations! invincible madhouses!

 

     granite cocks! monstrous bombs!

 

 


They broke their backs lifting Moloch to Heaven! Pavements, trees, radios,

 

     tons! lifting the city to Heaven which exists and is everywhere about us!

 

Visions! omens! hallucinations! miracles! ecstasies! gone down the American

 

     river!

 

Dreams! adorations! illuminations! religions! the whole boatload of sensitive

 

     bullshit!

 

Breakthroughs! over the river! flips and crucifixions! gone down the flood!

 

     Highs! Epiphanies! Despairs! Ten years’ animal screams and suicides!

 

     Minds! New loves! Mad generation! down on the rocks of Time!

 

Real holy laughter in the river! They saw it all! the wild eyes! the holy yells!

 

     They bade farewell! They jumped off the roof! to solitude! waving! carrying

 

      flowers! Down to the river! into the street!

 

 

 

 

Howl and other poems

 

CityLights Bookshop, Sann Francisco ;1956

 

                                                                                                                                        

                                                                                                           Poème précédent en anglais :

 

Richard Brautigan : La nécessité d’être sous ses propres traits / The Necessity of Appearing in

 

your Own Face (27/09/2026

23 octobre 2026

Li Bai (ou Li Po) / 李白 (701 – 762) : Lamentation sur Ch’en-t’ao

 

Li Bai chantant un poème, encre sur papier de Liang Kai (XIIIe siècle).

 

 

 

 

 

Lamentation sur Ch'en -t'ao

 

 

Le sang des jeunes des dix contrées

 

Mêlé à la boue glacée de Ch’en-t’ao...

 

Longue plaine, ciel nu, les cris se sont tus :

 

Quarante mille volontaires ont péri en un jour.

 

Les Tartares arrivent, lavent leurs flèches dans le sang,

 

Chantant, hurlant ils boivent sur la place du marché.

 

Le peuple, tourné vers le nord, les yeux brûlés de larmes,

 

Jour et nuit prie pour le retour des armées.

,

 

 

 

 

 

Traduit du chinois par François Cheng

 

In, « L'écriture poétique chinoise »

 

Editions Du Seuil, 1982

 

Du même auteur :

 

Chant de Qiupu (23/10/2016)

 

En cherchant Maître Yong-Tsouen à son ermitage : (23/10/2017)

 

Accompagnant un ami (23/10/2018)

 

Réveil de l’ivresse (23/10/2019)

 

Nuit de lune sur le fleuve (23/10/2020)

 

Dernier poème (23/102021)

 

Visite à un Taoïste (23/10/2022)

 

Pensée d’une nuit calme (23/10/2023)

 

De loin en loin (23/10/2024)

 

Buvant seul sous la lune (22/04/2025)

 

Un jour d’été dans la montagne (23/10/2025)

 

« Ruban d’arbres... » (22/04/2026)

 

Lamentation sur Ch’en-t’ao (23/10/2026)

 

22 octobre 2026

Henry Bataille (1872 – 1922) : Les trains

 

 

 

 

Les trains

 

 

 

 

Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares…


Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent…


J’aime les trains mouillés qui passent dans les champs,


Ces longs convois de marchandises bruissant,


Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,


Ou qui dorment la nuit entière dans les garages…


Et les trains de bestiaux où beuglent mornement


Des bêtes qui se plaignent au village natal…


Tous ces grands wagons gris, hermétiques et clos,


Dont le silence luit sous l’averse automnale,


Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos


Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles…


Oh ! le balancement des falots dans l’aurore !…


Une machine est là qui susurre et somnole…

 

 

Une face se montre et rabaisse le store…


Et la petite gare où tinte une carriole…


Belloy, Sours, Clarigny, Gagnac et la banlieue…


Oh ! les wagons éteints où l’on entend des souffles !


La palpitation des lampes au voile bleu…


Le train qu’on croise et qui nous dit qu’il souffre,


Tandis que nous fronçons le sourcil dans nos coins,


Et nous laisse étonnés de son prolongement…


Oh ! dans la halte verte où l’on entend les cailles,


Le son du timbre triste et solitaire !... Et puis


Les voies bloquées avec au loin un sifflet qui tressaille,


Les signaux réguliers dans le dortoir des nuits…


Des appels mystérieux que l’on ne comprend pas…


Et, — oh ! surtout ! —, après des bercements sans fin,


Où l’âme s’est donnée comme en une brisure,


L’entrée retentissante, avec un bruit d’airain,


De tout l’effort joyeux et bondissant du train,


Dans les grandes villes pleines de murmures !…


C’est là que vient se casser net le pur rayon


Qui m’a conduit d’un rêve à l’autre par le monde,


Rails infinis, sous le beau clair de lune et les fourgons,


A qui j’ai confié l’amertume profonde


De tous mes chers départs et tant d’enchantements…

 

 

J’aime les trains mouillés qui passent dans les champs.

 

 

 

 

Le Beau voyage

 

Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1904

21 octobre 2026

Titos Patrikios / Τίτος Πατρίκιος (1928 -) : Scintillement

 

 

 

 

 

Scintillement

 

 

 

Peinture grise de terminus des cars

 

verte de commissariat

 

marron de salon de coiffure le matin

 

blanc sale du dispensaire

 

à l’autre bout du port

 

couleur pistache d’épicerie familiale

 

sols en plastique et chewing-gums écrasés

 

tables en formica rayé

 

plafonds lisses et poutres de béton

 

toutes choses de même teinte éclairées

 

par les mêmes tubes fluorescents.

 

D’où cet unique scintillement qui lie

 

entre elles toutes les villes

 

inconnues et lointaines du sud.

 

 

 

 

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

 

In « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie"

 

Editions Gallimard / Cultures France (Poésie), 2010

 


Du même auteur :

 
Femme (09/05/2018)


Les montagnes /Τα βουνά (09/05/2019)


 Les zèbres / Οἱ ζέβρες (09/06/2020)


Ville de la Grèce du sud (21/10/2023)


Une lettre / Ένα γράμμα (21/10/2024)

 

Midi à la gare de Paestum (21/10/2025)

20 octobre 2026

Ono No Komachi / 小野 小町 (825 – 900) : « Aux oiseaux vivant... »

Tableau de Kikuchi Yosai

 

 

 

aux oiseaux vivant

 

                   à l’écume des vagues

 

le fond des mers        n’est-il pas

 

insondable ?

 

 

 

 

 

Traduit du japonais par Jacques Roubaud

 


in : Jacques Roubaud : « Mono no aware»

 


Editions Gallimard, 1970 

 

 

De la même autrice : « Cri des cigales... » (20/10/2025)

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